Londres, Boston : les « néo-djihadistes » sont là : la menace est de grande ampleur et sera durable

24/05/2013

Une bombe artisanale à Boston, un meurtre d’une sauvagerie inouïe dans les rues de Londres : la menace « néo-djihadiste » s’installe, certainement durablement, dans le monde occidental. C’est précisément le sujet que traite mon nouveau livre – « Néo Djihadistes », aux éditions Jourdan[1] : analyse d’une menace nouvelle et appelée, très certainement, à se développer de manière durable.

 

 

Les terroristes islamistes qui semèrent la mort à Paris dans les années quatre-vingt en commettant plusieurs attaques qui, du 7 décembre 1985 au 17 septembre 1986, devaient faire près de 200 blessés et plus de dix morts étaient des Tunisiens, manipulés par le Hezbollah libanais pour compte des services secrets iraniens.  Ceux qui s’en prirent à la France dix ans plus tard, lors de la campagne d’attentats organisée par le Groupe Islamique Armé à l’été et à l’automne 1995 (10 morts et près de 200 blessés) étaient, pour l’essentiel, des Algériens, instrumentalisés par une organisation algérienne et prenant leurs ordres en Algérie. Le terroriste d’al-Qaïda qui conçut une attaque, potentiellement meurtrière mais jamais menée à bien, contre l’ambassade américaine à Paris en septembre 2011, était un Tunisien, ayant vécu en Allemagne et résidant illégalement en Belgique. Il avait été formé en Afghanistan. Les terroristes du 11 septembre venaient d’Egypte, de Syrie, d’Arabie Saoudite.

 

Rien de tel avec les néo-djihadistes : ils sont nés ou sont arrivés très tôt dans le monde occidental, ils y ont été éduqués et y ont vécu presque sans interruption. Ils n’ont pas ou peu de contacts avec des organisations djihadistes internationales et n’ont pas reçu d’entraînement spécifique, ou alors celui-ci fut limité. Ils agissent seuls, ou par petits groupes difficiles à repérer et encore plus difficiles à pénétrer et, choisissant eux-mêmes leurs cibles, ils ne reçoivent pas d’ordres de l’étranger et passent à l’action quand et où ils le décident.

 

Ce sont parfois d’anciens délinquants, souvent des convertis (40% des quelque 300 profils que j’ai étudiés), des solitaires ou même des femmes. Ils ont tous baigné dès leur plus jeune âge dans la culture, les valeurs et le mode de vie qui sont les nôtres. Ces individus sont pétris de haine, déséquilibrés ou révoltés, aigris par leurs échecs ou leur marginalisation dont, pourtant, ils sont souvent les premiers (sinon les seuls) responsables. Ils ont pour point commun d’avoir été « pris en main » et radicalisés par de pseudos imams, des prêcheurs autoproclamés ou par la fréquentation de la nébuleuse salafiste sur le web.

 

C’est un nouvel ennemi. Un ennemi intérieur.

 

A titre professionnel, j’observe l’islamisme radical et sa version violente, le djihad, depuis trente-deux ans.

 

Je l’ai d’abord fait en tant que journaliste puis (pendant vingt ans) comme agent du renseignement et enfin, depuis 2002, comme directeur de l’European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC), une société de renseignement privé, d’analyse du risque et de conseil basée à Bruxelles mais servant des entreprises et des gouvernements dans le monde entier.

 

J’ai donc assisté, en spectateur privilégié à la montée en puissance du djihad dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, puis au séisme mondial que furent les attentats du 11 septembre et aux guerres qui en découlèrent.

 

Je l’ai vu se développer, se diversifier, évoluer sans cesse, comme un virus mutant résistant à tout traitement et s’adaptant sans cesse. Et ce, malgré les pertes énormes subies, depuis dix ans, par l’organisation d’Oussama Ben Laden, ses « filiales » et leurs affidés.

 

La dernière de ces mutations en date, c’est précisément l’irruption de ces néo-djihadistes qui, à mes yeux, présentent un risque très particulier.

 

D’abord, bien entendu, leur passeport ou, parfois, leur apparence physique, leur donnent des possibilités (de déplacement, de pénétration, d’action) dont leurs « frères » orientaux ne disposent pas. Mais aussi et surtout, leurs actes criminels, parce qu’ils sont un ennemi intérieur, sont mille fois plus pernicieux que ceux des djihadistes « traditionnels ». Parce, étant fondamentalement « des nôtres », ils brisent les liens qui nous unissent et menacent le contrat social qui est à la base de toute démocratie. Parce qu’ils deviennent des facteurs (et des vecteurs) de méfiance, de division, de haine voire, s’ils devaient proliférer, d’implosion de nos sociétés.

 

Il s’agit moins d’une « génération spontanée » que du fruit d’une stratégie mûrement réfléchie et symbolisée, entre autres, par le mensuel d’al-Qaïda en anglais, « Inspire » : devant la difficulté à préparer et exécuter des attentats massifs en Occident, multiplier les vocations pour faire commettre des « micro-attentats » par des éléments locaux d’autant plus dangereux qu’ils règlent des comptes personnels avec les sociétés dont ils s’estiment exclus.

 

Le salafisme est un cancer, les néo-djihadistes sont ses dernières métastases. Elles sont mortelles.

 

 

 

 

[1] Claude Moniquet, « Néo Djihadistes », Editions Jourdan, 2013. Dans toutes  les librairies et sur Amazon : http://www.amazon.fr/Claude-Moniquet/e/B004N7CRQQ/ref=ntt_athr_dp_pel_1  Existe uniquement en français à l’heure actuelle.

 

Publié sur www.esisc.org

 

 

 

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