Un grand flic s’en est allé….

30/08/2017

 

J'apprends le décès, mardi dernier, de Pierre Ottavioli (90 ans).

 

Il y a quelques mois, j'avais eu la chance grâce à mon ami "Jo" Querry (qui fut lui-même un cador de la police « à l’ancienne » et a aligné de nombreux succès avant de passer dans le privé) de déjeuner avec lui et une brochette de grands flics, en active ou retraités. C’était Chez Denise, à La tour de Monthléry, un bon vieux bistrot des halles qui en a vu défiler des générations de porteurs de flingues de la Préfecture…. C’était un midi, et nous avons été sages, mais on a quand même fait une belle bringue.

 

Ottavioli est arrivé en retard. Pour raison d’embouteillages, il avait abandonné sa voiture près de l’Etoile et avait dû trouver un taxi. Dès qu’il s’est assis, j’ai pu constater son charisme, toujours intact, et l’immense respect - teinté de beaucoup d’affection – que lui témoignaient ces grands anciens. Ce n’était pas des tendres pourtant, ces gaillards qui, à eux tous, avaient dû envoyer des centaines de truands moisir en prison pour quelques milliers d’années (si on cumule, bien entendu). Pierre Ottavioli parlait d’une voix basse, fatiguée, à la limite du chuchotement mais tous se taisaient quand il prenait la parole…

 

Ottavioli était une légende de la P.J., un des très grands formats de la police des années soixante et soixante-dix. Mêlé à toutes les grandes affaires (Le Petit-Clamart, Ben Barka, Empain, Carlos...) de ces années sulfureuses, patron de la Mondaine, de la BRB et enfin de la Brigade Criminelle, il était l'un des témoins de cette époque révolue où les commissaires étaient des hommes de terrain, des chefs de groupe et pas des « gestionnaires ».

 

On lui doit aussi une politique de fermeté qui a payé, comme Jo Querry l’a rappelé à l’AFP : « Il a été mon premier chef de service au Quai des Orfèvres, dans ce qui est devenu la Brigade de Répression du Banditisme. Il avait du caractère, était très dur avec lui-même et avec ses équipes. Il est celui qui a empêché qu’en France se développent dans les années 70-75 les enlèvements avec rançon… il est allé voir le ministre de l’Intérieur et a dit « on ne paye pas la rançon, car ce n’est pas la vie des otages qui intéresse les ravisseurs, mais l’argent ». Cette doctrine, cette fermeté, qui était un pari, a payé… »

 

 Bref, une belle vie pour un grand bonhomme. Le rencontrer, même brièvement et pouvoir échanger avec lui a été un privilège.

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