« Une affaire d’Etat » : mission remplie

20/09/2017

 

La magie des chaînes thématiques et des « petites » chaînes du câble, c’est que, faute de moyens, elles en sont souvent réduites à diffuser des films et séries déjà anciens. Pas mal de navets et autres nanars bien entendu, mais pas seulement. Parfois aussi passe un petit joyau, un bijou qui n’a pas toujours eu le succès qu’il méritait lors de sa première vie.

 

J’ai ainsi découvert, il y a quelques jours une petite pépite : Une Affaire d’Etat  d’Éric Valette. Sur un scénario d’Alexandre Charlot et Franck Magnier (d’après le roman « Nos fantastiques années fric » de Dominique Manotti).  Je dois avouer que, de prime abord, j’étais un peu méfiant. Une affaire de trafic d’armes vers l’Afrique, des otages, un scandale politico-financier, c’est trop souvent le risque, en France, de tomber dans la caricature et le prêchi-prêcha qui voient le réalisateur nous prendre par la main et nous expliquer, souvent un peu lourdement qui sont les gentils et les méchants. Juste au cas où nous ne l’aurions pas compris par nous-mêmes.  

 

Eh bien rien de tel ici. Un scénario juste, une photographie nerveuse et bien rythmée nous font entrer dans l’action sans qu’on y prenne garde. Celle-ci est servie par le jeu impeccable du grand André Dussolier (dans le rôle principal, celui de Victor Bornand, conseiller du Président) par la sobriété de Thierry Frémont (Michel Fernandez) en « homme de main » convaincant et par Christine Boisson (Mado) en patronne sulfureuse d’une agence d’escorts haut-de-gamme. Une mention spéciale pour Rachida Brakni qui campe Nora Chahyd, une très convaincante inspectrice de police issue « de la diversité », pour Gérard Laroche et sa « gueule » si caractéristique, dont on regrette que le rôle soit un peu court et pour Jean-Marie Winling qui incarne Macquart, un patron des RG (devenus, à l’époque, la DCRI suite à leur fusion avec la DST) machiavélique.

 

L’intrigue est bien ficelée et, de rebondissement en rebondissement nous entraîne vers un désastre annoncé mais, aussi, vers la manifestation de la vérité. Pour avoir fréquenté, une vingtaine d'années l'envers du décor et les coulisses de la République et pour continuer depuis quinze ans, mais dans le privé cette fois, à côtoyer le secret, je n'ai pas été dépaysé. 

 

 

 

Pas de jugement moral dans ce film. Pour Éric Valette, manifestement, le spectateur n’est pas un enfant et peut se faire son idée tout seul. Oui, Bornand utilise des méthodes peu orthodoxes et discutables et Macquart tire les ficelles dans l’ombre, mais on devine que, même si intérêt personnel et ambitions de carrière influencent leurs choix, c’est d’abord le service de l’Etat (et sa « raison ») qui les guide. Fernandez a la gâchette un peu facile mais il ne tue pas par plaisir : personnage type de la tragédie il est pris dans un engrenage qu’il a lui-même mis en route (par accident) mais qui va le dépasser et le broyer. Après, à chacun de se faire son idée...

 

C’est noir, sans beaucoup d’espoir (si ce n'est celui de voir la vérité éclater), violent mais sans excès et très crédible: une heure trente de bon thriller qui évoque les meilleures productions anglo-saxonnes. A voir, à l’occasion d’une rediffusion ou, pourquoi pas, en s’offrant le DVD ou le Blu-Ray (par exemple ici).

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