« Expulsion » de l’imam de la Grande mosquée : la Belgique montre l'exemple...

03/10/2017

 

Mardi matin, sur les ondes de la radio privée BEL RTL, le secrétaire d’Etat belge à l’Asile et aux Migrations, Theo Francken, révélait qu’il avait retiré son titre de séjour à Abdelhadi Sewif, ressortissant égyptien et imam de la « Grande mosquée » de Bruxelles.Même si la décision administrative n’est pas nouvelle (elle a été prise et signifiée en mars dernier), son annonce est importante.

 

Il ne s’agit pas ici, en effet d’expulser un imam « lambda » : la Grande mosquée est la mosquée « diplomatique » de Bruxelles. Elle est fréquentée par les diplomates et chefs de missions des pays musulmans et, surtout, elle est dirigée et financée par l’Arabie saoudite. Jusqu’à ces dernières années, d’ailleurs, son directeur bénéficiait d’un statut diplomatique.

 

Le geste est donc loin d’être anodin et M. Francken a reconnu que cela pouvait créer des problèmes avec l’Arabie Saoudite . Mais, a-t-il-ajouté, la Belgique doit prendre ses responsabilités dans son combat contre le salafisme.  Theo Francken a même été plus loin en affirmant que Sewif était un salafiste, très radicalisé, très conservateur et dangereux pour notre société et notre sécurité nationale.

 

L’un des points intéressants dans cette décision est certainement que ce qui est reproché à l’imam n’est pas en lien direct avec le terrorisme (même si, ce que nient les responsables de la grande mosquée, certains de ceux qui la fréquentaient sont bel et bien partis en Syrie rejoindre des organisations djihadistes…), non, c’est pour des activités salafistes « classiques » que l’imam a été frappé par cette mesure.

 

En janvier dernier, le patron de la Sûreté de l’Etat – le contre-espionnage et service de sécurité belge -, M Jaak Raes expliquait (lors d’un témoignage à huis-clos devant la commission parlementaire d‘enquête sur les attentats de Bruxelles, le 22 mars 2016) qu’entre 2012 et 2014, la grande mosquée avait consacré 1,2 millions d’Euros à la propagande wahhabite et octroyé pour 600 000 Euros de dons à des personnes ou associations liées au radicalisme.

 

Convoqué devant la Commission, M. Sewif avait refusé de s’y rendre mais avait délégué son adjoint et le directeur du Centre Islamique et Culturel de Belgique (CICB) étroitement lié à la mosquée et instrument essentiel de la diffusion du radicalisme wahhabite-salafiste en Belgique. Le moins que l’on puisse dire est leurs auditions avaient été « tendues », les deux hommes refusant de reconnaître l’implication de leurs institutions dans la propagation du salafisme.

 

On remarquera que ce n’est pas la première fois que la Grande mosquée se retrouve au centre d’une polémique sécuritaire. En 2012, son directeur, Khalid al-Abri (un fonctionnaire saoudien qui bénéficiait encore d’un passeport diplomatique) avait été prié par la Belgique de quitter le territoire pour ses prêches extrémistes. Un arrangement avec Riyad avait permis que les chose se gèrent en douceur et l’homme était parti sans être formellement expulsé (il est néanmoins interdit de séjour en Belgique).

 

Les rapports de la Sûreté de l’Etat et de la DR3 (section antiterroriste de la police fédérale belge) ont donc convaincu le gouvernement que, même si les choses semblaient s’être calmées, la Grande mosquée restait un centre de radicalisation. Ce qui a entraîné la décision annoncée mardi matin par Theo Francken. Celui -ci a d’ailleurs averti que « 5 ou 6 » autres imams étrangers pourraient être éloignés du territoire dans un avenir proche.

 

Dans l’après-midi de ce mardi, des sources proches du Premier ministre Charles Michel m’ont confirmé que la décision de rendue publique touchant M. Sewif était « un signal fort » envoyé à la mouvance radicale. Il ne s’agit, donc, plus seulement, à Bruxelles de lutter contre le terrorisme mais bien de s’attaquer à la racine du mal et de mener la lutte contre ceux qui pourrissent le « vivre ensemble » par les discours et prêches de haine.

 

La Belgique entend d’ailleurs aller plus loin. Echaudés par la longueur de la procédure (plus de deux ans) qui a fini par permettre l ‘expulsion d’un imam radical (celui de Dison, dans le sud-est du pays, dont le fils, par ailleurs, est mêlé à un dossier terroriste de tentative d’assassinat), les parlementaires discutent aujourd’hui d’un projet de loi visant à simplifier et à raccourcir les formalités d’expulsions de personnes liées à l’extrémisme.

 

Soyons donc de bon compte : la Belgique souvent montrée du doigt pour son laxisme et sa faiblesse face à l’islam radical (j’ai moi-même souvent dénoncé, ces seize dernières années, ce coupable manquement) montre désormais la voie à ses partenaires européens….

 

 

 

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