Eloge des retards de lecture…

08/10/2017

 

Je le confesse, mes retards de lecture sont cataclysmiques. Environ 150 documents et livres d’histoire ou de politique et approximativement le même nombre de romans attendent que je les ouvre, les uns sur une table spécialement dédiée de mon bureau les autres dans ma chambre (oui, je lis au lit…). Et je devrais encore compter les livraisons de la dizaine de revues scientifiques anglosaxonne sur les phénomènes de violence, le renseignement, les questions militaires, la Chine, le monde arabe, la Russie ou les Etats-Unis auxquelles je suis abonné, et sur une quantité identique de revues grands public, newsmagazines et revues historiques.

 

Certains seraient découragés devant cet Himalaya (en modèle réduit, j’en conviens) de pages imprimées qui s’entassent un peu partout dans la maison (car mon épouse partage, fort heureusement, mon vice) : ils y verraient une course sans fin mais perdue d’avance tandis que d’autres se lamenteraient de n’être jamais (c’est le cas de le dire) à la page et de courir le risque affreux de ne pas lire LE livre dont « tout le monde parle » et que la critique encense. Les statisticiens eux, calculeraient qu’à raison de trois jours en moyenne par ouvrage, pour résorber ce retard d’environ 300 volumes (fiction et non fiction mêlées) quelques trois années sabbatiques seraient nécessaires.

 

J’y trouve, personnellement une grande volupté pour ne pas dire un immense bonheur. Etre assuré d’avoir toujours « quelque chose à lire » (et donc, à découvrir) est un plaisir réel. Ainsi, quand je pars en voyage pour quelques jours, j’emmène trois, quatre ou cinq grimoires que je lirais ou pas selon mon humeur. Je ne suis pas à la mode ? Que m’importe, et de toute façon la lecture n’est pas le seul domaine dans lequel je le sois pas, j’en suis bien conscient, ce décalage est peut-être une partie de mon élégance à moi. Ce n’est d’ailleurs que fort rarement que la critique guide mes choix : j’achète systématiquement, en français comme en anglais, tout ce qui sort (ou qui est sorti il y a longtemps mais que je découvre…) sur mes sujets de prédilection (Churchill, de Gaulle, les guerres mondiales, l’histoire militaire, le 1er Empire…) ou ce qui est nécessaire à mon travail (terrorisme, renseignement, géopolitique), le reste relevant du coup de cœur.   

 

Quant à la statistique, elle tombe à plat : car ni trois ni quatre ni même dix années sabbatiques ne permettront jamais de combler ce retard de lecture qui, par définition, se creuse sans cesse. Car je suis un acheteur compulsif : librairies, bouquinistes, boîtes des bords de Seine, quand je suis à Paris quelques jours chaque mois, mais aussi sites internet spécialisés ou déballages et autres vide-greniers sont des endroits que je hante avec une insatiable gourmandise.  

 

Ce mélange de vieux et de neuf explique (et c’est là que je voulais en venir après ce long détour, mais nous sommes dimanche et il est agréable de baguenauder) que dans les note de lectures qui vont, peu à peu, meubler cette rubrique de mon blog, on pourra trouver aussi bien une recension d’une publication très récente que mon avis sur un ouvrage datant des années vingt (du siècle dernier ou, même, de celui d’avant).  

 

En fait, pour en revenir à mes retards de lecture, un psychiatre pourrait penser que je calme ainsi mes angoisses et que, tant que j’aurais quelque chose à lire, je serais vivant. Ce n’est pas faux. Et j’irai plus loin : qui sait si la mort, attendrie (ou ne me trouvant pas parmi mes piles de bouquins) ne m’oubliera pas?C’est un pari qui en vaut  bien d'autres.

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