Cantat, Weinstein : deux noms pour un même cancer, la violence faite aux femmes

16/10/2017

 

Bertrand Cantat et Harvey Weinstein. Deux noms que l’actualité de ces derniers jours rapproche. Deux affaires très différentes mais qui, au fond, ont un point commun : cette espèce de détachement ou d’indifférence qui fait que le tort fait aux femmes serait banal, moins important que s’il touchait une autre catégorie de la population.  

 

Je suis un homme et je ne suis pas certain d’être « féministe ». Pas militant, en tout cas. Et certainement pas intéressé par certains « combats » qui me semblent – je vous prie de m’excuser – stupides ou vains, comme cette dernière lubie de l’écriture dite inclusive. J’y vois surtout de la laideur et une complication en plus dont n’ont peut-être pas besoin ces chers enfants qui peinent déjà assez à accorder les participes passés.

 

En revanche, je suis un farouche partisan et défenseur de l’égalité des chances et de l’égalité de tous et toutes devant la loi.

 

L’égalité des salaires, et la destruction de ce « plafond de verre » qui, trop souvent, limite la progression d’une femme dans le monde du travail me semblent justes et indispensables. Et, bien entendu, la lutte contre la violence faite aux femmes et contre le harcèlement qui est (au minimum, quand on reste aux mots) déjà une violence inacceptable est, à mes yeux, une priorité absolue.

 

J’en reviens donc à Cantat et Weinstein.

 

Le premier a tué une femme. Sa compagne, Marie Trintignant. Dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003, au cours d’une banale « scène de ménage » il porte à Madame Trintignant 19 coups (!), dont au moins quatre (!!) au visage. Des coups tellement violents qu’ils provoquent des lésions irréversibles. Sa victime sombre dans le coma et décède cinq jours plus tard, sans avoir repris connaissance. Son meurtrier sera condamné à 8 ans de prison (peine que, personnellement, je trouve ridiculement basse) puis libéré quatre ans plus tard pour bonne conduite (logique : pas de femme à frapper, en prison).

 

Il se dit que l’auteur des faits a payé sa dette. Du point de vue légal, c’est possible, mais quitte à passer pour un horrible réactionnaire je pense personnellement que certaines dettes – entre autres pour meurtre ou assassinat – ne se payent jamais. Enfin, il est sorti, il est libre, il a le droit de travailler. Est-ce une raison pour lui consacrer la « Une » du magazine Les Inrockuptibles ? Ne pourrait-il avoir la décence de la discrétion ? Je suis personnellement, totalement indifférent (et je suppose ne pas être le seul) au fait que le meurtrier, après son crime ait été « incapable de lire, d’écouter » mais que « la beauté, lentement, en frottant, a retrouvé une petite place ». Pour Marie Trintignant, la beauté est morte a jamais.

 

Les Inrocks, grands donneurs de leçons devant l’éternel auraient pu, au minimum, rappeler que la violence faite aux femmes, c’est, en France, des chiffres glaçants : chaque année une moyenne de 223 000 victimes de violences physiques ou sexuelles à l’intérieur du couple ; chaque année, une femme mourant tous les trois jours. Une horreur, une souffrance physique et psychologique indicible, insondable. Et le sentiment, trop souvent d’être seule, abandonnée dans ce sinistre face-à-face avec le bourreau. Ne pas rappeler ces simples faits, c’est de l’indifférence. Marie Trintignant dans ce triste épisode n’est plus qu’un prétexte à raconter la reconstruction de son bourreau. Une occasion de vendre du papier et faire du fric.

 

Venons-en à Weinstein. Il a harcelé des femmes par dizaines, en a violé beaucoup, les a menacées de briser leurs carrières si elles ne lui cédaient pas. Un ignoble individu. Oui, mais « tout le monde savait », nous dit-on. Et « personne n’est donc vraiment surpris... » Qui est le plus ignoble ? Le criminel ou ceux qui lui ont permis, par leur complicité dans l’omerta, de continuer à perpétrer ses crimes ?

 

Que les victimes se taisent par honte (un sentiment répandu mais totalement inapproprié dans ce cas de figure, faut-il le rappeler ?) est compréhensible. Mais que l’entourage des auteurs de ces actes de harcèlement et de ces viols se taise alors que « tout le monde sait » est épouvantable. Et je ne parle même pas de la nausée qui vient quand tel ou tel acteur nous dit qu’il plaint (bien entendu) les victimes mais qu’il est « triste pour Weinstein ».

 

Il est bien, juste, nécessaire et même indispensable de lutter contre les mutilations génitales (3 millions de victimes par an, environ 8 000 par jour) en Afrique ou au Moyen-Orient. Il en va de même, bien entendu de la dénonciation des mariages forcés (15 millions de victimes par an, environ 720 millions de victimes dans le monde). Mais serait-il possible, enfin, que notre société fasse justice aux femmes qui vivent en son sein, quelle leur accorde, à ces victimes que nous croisons tous les jours, la justice, la réparation et la protection auxquelles elles ont droit ?  Serait-il possible d’en finir avec cette indifférence, cette banalisation  qui tuent ?

 

 

Notes :

  1. J’ai hésité sur l’illustration à choisir pour cet article et je ne souhaitais pas mettre en avant les deux individus que j'évoque . Le choix a fini par s’imposer de lui-même…

  2. Les chiffres que je cite proviennent du Secrétariat d’Etat en charge de l'égalité entre les hommes et les femmes et d’un article de Lucile Quillet publié par Le Figaro Madame, le 25 novembre 2014.

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