Dieudonné : pour une (sordide) provocation de plus…

16/01/2018

 

Je l’avoue, je suis de ceux que Dieudonné a fait rire.

 

Mais c’était il y a longtemps. Au siècle dernier, en fait. Quand il formait un irrésistible duo avec Elie Semoun et que les deux complices dézinguaient à tour de bras les poncifs raciste et l’extrême-droite. A l’époque où, comme l’écriront un jour Nathalie Simon et Etienne Sorin dans Le Figaro, il était « peut-être le meilleur d’entre eux » [les humoristes]. Mais cela, c’était avant le grand basculement.

 

Quand il a affirmé, dans une interview à France Soir de mars 2000, que « Les Noirs » n’étaient considérés que « comme des clowns pour le Blanc esclavagiste » et qu’il n’y avait « pas beaucoup de différences entre les patrons de TF1 et le Blanc qui gérait les plantations aux Caraïbes » (sic!), j’ai haussé les épaules.

 

Après un moment d’incrédulité, après qu’il eut déclaré, en janvier 2002, « Les juifs, pour moi, c’est une secte, une escroquerie », j’ai grincé des dents.

 

Puis, ce fut l’escalade. Ou peut-être plutôt, au contraire, la longue descente aux enfers. Florilège : les juifs : « Un peuple qui a bradé l'holocauste, qui a vendu la souffrance et la mort, pour monter un pays et gagner de l'argent » ou un « lobby très puissant qui a le monopole de la souffrance humaine »; la victime de la Shoa : il lui suffit « de relever sa manche pour montrer son numéro et avoir droit à la reconnaissance » ; les commémorations de la même Shoa : de la « pornographie mémorielle » ; Dominique Strauss-Kahn : un serviteur « des intérêts d’Israël » ; l’assassinat d’Ilan Halimi : une manipulation de la « droite hypersioniste » ; les chambres à gaz : des « chambres à air ». Etc, Etc, Etc...

 

Rien de plus ni de moins qu’une pure obsession antisémite, sous couvert, le plus souvent d’antisionisme ou de défense de la « mémoire noire ». Une triste dérive évoquant la presse extrémiste et quelques littérateurs des années trente qui attribuaient au « complot juif » tous les malheurs du monde et préparaient le monde à la tragédie qui allait venir. Car oui, les mots peuvent tuer...

 

Très logiquement cette évolution devait amener un homme de moins en moins drôle et de plus en plus militant à se rapprocher d’Alain Soral, de Robert Faurisson, du conspirationniste Thierry Meyssan (qui attribue les attentats du 11 septembre à un « inside job » des services secrets américains), ou même de l’Iran (il se vante de son amitié avec Mahmoud Ahmadinejad).

 

Ce fut le temps du dégoût et de la nausée.

 

Le dernier coup d’éclat de « l’humoriste » vient d’être révélé par la presse. Sous couvert de la préparation d’un livre - « Comment arrêter les attentats en France ? » - Dieudonné a écrit à Salah Abdeslam, seul survivant du commando terroriste qui sema la mort à Paris le 13 Novembre 2015.

 

« Ce qui nous intéresse », écrit-il, « est de comprendre votre état d’esprit et les raisons qui vous ont poussé à agir. La violence est un mode d’expression qui surgit quand tous les autres ont échoué : l’attentat a pour but d’envoyer un message fort qu’on ne peut transmettre autrement. C’est en tout cas comme ça que nous le comprenons. En discutant avec vous, nous espérons mieux comprendre la profonde révolte qui vous habite et à laquelle la société reste sourde ». Dont acte.

 

Faut-il vraiment s’en étonner de la part d’un homme qui martelait, en 2002 : «Ben Laden restera dans l'histoire, sa notoriété est internationale et indiscutable. Pour moi, c'est le personnage le plus important de l'histoire contemporaine. Il a réussi à changer les rapports de force. Il est seul contre la plus grande puissance du monde. Donc forcément cela impose le respect » ( on notera que, poursuivi pour ces propos, il a été relaxé en 2004, ce qui, au vu de son évolution peut sembler être une erreur judiciaire).

 

Son pédigré, en tout cas, autorise à douter (ceci est un euphémisme) de la sincérité de l’homme de spectacles devenu « socio-psychologue » du terrorisme et à ne voir, dans cette énième sortie, qu’une nouvelle et sordide provocation face au « système ».

 

Quelques chiffres pour conclure. Le message fort  envoyé par Abdeslam et ses complices, à Paris puis à Bruxelles, s’est soldé par 162 morts et 552 blessés, des centaines de familles détruites ou traumatisées à tout jamais. Entre 2007 et 2016, Dieudonné a collectionné, en France, au Québec et en Belgique, une vingtaine de condamnations, la plupart pour injures, incitation à la haine raciale ou négation de crime contre l’humanité.

 

 Et je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dit qu’il y en aura d’autres….

 

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