42 ans plus tard, j’ai revu « Que la Fête Commence »….

11/02/2018

 

J’ai revu il y a quelques jours, 42 ans après sa sortie, Que la Fête Commence de Bertrand Tavernier. Cela faisait des années que je souhaitais avoir une deuxième chance de visionner ce film qui m’avait fortement marqué lors de sa sortie en 1975. J’avais alors 17 ans et j’étais militant à la gauche de la gauche, maoïste en rupture de ban, flirtant avec la violence des Autonomes et autres jeunes révoltés qui appelaient bêtement de leur vœux le Grand soir de la Révolution prolétarienne (sans jamais avoir travaillé un seul jour de nos vies, faut-il le préciser…). Le film m'avait ravi...

 

Comme je le craignais un peu, cette deuxième expérience fut un peu cruelle : le long métrage de Tavernier est aussi caricatural que l’étaient nos idées en ce temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître : y transparaissent surtout les idées (à l’époque fortement marquées à gauche) du cinéaste qui entendait manifestement démontrer à quel point l’ancien régime était corrompu et méprisait le peuple. Certains y virent aussi une satire attaquant le nouveau Président Valéry Giscard d’Estaing et son Premier ministre, Jacques Chirac.

 

Le film s’attarde, pour réussir la démonstration, à ce fait-divers tragique que fut la soi-disant conspiration de Pontcallec dont la répression, totalement disproportionnée, fit tomber les têtes de quatre nobles bretons qui avaient pris la tête d’une révolte fiscale (déjà !) et s’étaient égarés dans les eaux dangereuses de la haute politique internationale.   

 

On y croise donc un Régent de France, Philippe d’Orléans (Louis XV n'avait que quatre ans à la mort de son arrière-grand-père, Louis XIV) qui ne pense qu’à organiser des orgies – au début du film, Tavernier accrédite même la thèse faisant du régent un père incestueux entretenant avec sa fille, Marie-Louise-Elisabeth (morte à 23 ans) une relation contre nature - manipulé par un ministre principal (on ne parlait pas, à l’époque de Premier ministre), l’Abbé Dubois retors et prêt à tout pour devenir archevêque puis cardinal.  

 

Tout cela était évidemment légèrement plus compliqué : certes, Philippe d’Orléans a laissé le souvenir d’un débauché mais il fut aussi un réformateur qui ramena la paix à la France et désendetta l’Etat. Il introduisit aussi la polysynodie, ce régime de gouvernement qui remplaçait les ministres issus de la Noblesse par de véritables conseils qui permirent aux roturiers d’accéder aux charges les plus hautes et protégea les arts qu’il pratiquait lui-même avec bonheur (pour la petite histoire, on retiendra qu’après la profanation de son tombeau, en 1793, son cœur fut vendu à des peintres qui recherchaient les organes embaumés pour les réduite en poudre et mélanger leur poussière à la peinture….). Quant à Guillaume Dubois qui, certes, nourrissait de grandes ambitions, il s’attacha à rétablir les finances du royaume et grand admirateur de l’Angleterre capitaliste et libérale, il œuvre utilement à rapprocher Paris et Londres.

 

Au final, son action et celle de son maître permirent à la France de souffler et de se relever après les guerres interminables qui avaient marqué le règne de Louis XIV et ruiné le pays.  Il fut, enfin, un maître de la diplomatie secrète et un habile manipulateur d’espions. Nous lui avions d’ailleurs, Genovefa Etienne et moi-même, consacré quelques pages dans notre dernier livre, Les Services secrets pour les nuls.

 

 

De tout cela, bien entendu, pas un mot.

 

Dans la scène finale du film, Tavernier alourdit même sa démonstration sans craindre un audacieux raccourci : alors que le carrosse dans lequel Philippe d’Orléans et Dubois rentrent d’une nuit « agitée » vient d’écraser un enfant, la sœur de celui-ci met le feu à la voiture et déclare : « regarde petit frère, on va en brûler beaucoup d’autres » annonçant ainsi l’avènement du peuple et une révolution française qui, dans les faits, ne se produisit que…soixante-dix ans plus tard.

 

Reste une narration classique mais agréable, la musique (composée d’ailleurs par le régent) et le plaisir de découvrir, au hasard de l’une ou l’autre scène, des quasis-figurants de l’époque qui ont nom Gérard Jugnot, Christian Clavier ou Thierry Lhermitte….

 

Bref, tout cela a vieilli. Moi aussi, d’ailleurs, ce qui explique sans doute le nouveau regard que je porte sur cette œuvre.

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