Nicolas Le Floch n’enquêtera plus…

25/05/2018

 

Nicolas Le Floch ne chevauchera plus Sémillante, il ne dormira plus, après être rentré aux petites heures, avec la chatte Mouchette collée contre lui, il ne nourrira plus le chien Pluton, il n’échangera plus avec son vieil ami Noblecourt, et, surtout, ne courra plus les rues grouillantes d'un Paris oublié et pourtant si présent, avec son complice Bourdeau pour enquêter aux ordres de Sartine.

 

Jean-François Parot, père du Commissaire au Châtelet (et, officieusement, enquêteur très particulier au service de Louis XVI après avoir été celui de son grand-père, Louis XV Le Bien-Aimé ) nous a quitté le 23 mai 2018, au terme d’une « longue maladie », comme on dit. Il avait 71 ans et encore tant de romans à nous donner. Sauf à espérer quelque publication posthume (toujours possible, en tout cas espérée), il nous laisse 14 livres retraçant la carrière de l’attachant Nicolas Le Floch et nous avons également, pour nous consoler, la douzaine d’épisodes de la série réalisée  pour France 2 entre 2008 et 2015 et dans lesquels Jérôme Robart excelle.  

 

 

 

Parot appartenait à cette race d’auteurs qui arrivent – et ce n’est pas si fréquent – à créer un monde, si ce n’est un univers. Historien et ethnologue de formation, devenu diplomate par les hasards de la vie, il avait recrée un XVIIIème siècle à la fois réaliste et envoûtant et savait décrire comme peu d’autres les intrigues, la vie de cour, le quotidien, la grande-politique et les petits complots et surtout le Paris du siècle des Lumières. Le tout écrit dans une belle langue, classique mais pleine de saveur qui nous rappelle cette époque bénie où le français était si bien parlé, au moins par les élites….

 

Au fil des pages, on voyait se nouer les alliances, se préparer les confits et se jouer peu à peu l’avenir de la France. Nicolas Le Floch, Marquis de Ranreuil, traversait ces turbulences en restant égal à lui-même, avec élégance et courage (combien de fois n’a-t-il pas failli se faire homicider par quelque ruffian stipendié par d’implacables ennemis de la couronne ?).

 

Soucieux des malheurs du peuple, soumis aux incessantes piques de l’inspecteur Bourdeau - grand admirateur de Jean-Jacques (Rousseau) et de Voltaire -,il était d’une fidélité absolue. A la monarchie et aux deux rois qu’il servit avec courage, à ses origines et à ses amis. Mais il savait bien, au fond de lui-même que trop de souffrances et d’injustices, trop de morgue et de malheurs accablaient les petites gens et que le monde dans lequel il évoluait était fragile. Sans doute même devinait-il qu’il était condamné. Le dernier ouvrage publié – Le Prince de Cochinchine – se déroulait du 4 au 20 septembre 1787 et se terminait, comme souvent, sur une sourde inquiétude : "Au nord-ouest, de sombres nuages, couleur d’ardoise, montaient peu à peu. Des bourrasques effrangeaient par à-coups la surface des flots. Il éprouva à nouveau de funestes pressentiments. Qu’auguraient ces mouvements de la nature pour ce vieux royaume fatigué ? Qu’adviendrait-il de lui et des siens dans la tourmente qui montait ?"

 

Comme d’autres de ces lecteurs, j’imagine, j’aurai voulu savoir comment il pourrait affronter la révolution de 1789. Il nous faudra désormais l’imaginer.   

 

Son service du Roi et sa quête de justice, ne l’empêchaient pas de vivre sa vie. Mais nous ne saurons jamais s’il épousera Aimée d’Arranet, s’il entrera en Loge (comme le voudrait Noblecourt et quelques autres) ni ce que deviendront son fils, Louis et ses proches.

 

Jean-François Parot s’en est allé, beaucoup trop tôt, mais il soupera, peut-être, ce soir  chez Aimé de Noblecourt, avec Le Floch, Pierre Bourdeau, le docteur Semacgus, Charles-Henri Sanson, le comte de La Borde et la belle Aimée d’Arranet. Echangeant anecdotes de cour, propos philosophiques et souvenirs, ils se régaleront des plats cuisinés avec amour par Catherine et les flacons de vin de Champagne et de Bourgogne défileront. Dans son écurie, bouchonnée d’importance et nourrie de bonne avoine, Sémillante se reposera de sa dernière cavalcade dans la bonne odeur émanant des fours de la boulangerie voisine  et sous la table, Pluton et  Mouchette se guetteront, complices, les morceaux qu’on leur jette discrètement avant de s’endormir.

 

Et quand il s’éclipsera pour son dernier voyage, il nous reviendra de le remercier pour les heures de plaisir qu’il nous a apportées et à le saluer. Nous resterons, Monsieur, vos humbles débiteurs ! Serviteur !

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