13 Novembre: Merci aux frères Naudet !

05/06/2018

 

Mon épouse et moi, nous avons regardé, il y a quelques jours, Fluctuat nec Mergitur, le documentaire des frères Jules et Gédéon Naudet sur le 13 Novembre.

 

Une fois n’est pas coutume, je serai bref : nul besoin ici de longues explications ou d’analyses complexes. En fait, une seule phrase suffirait : IL FAUT VOIR CE FILM !

 

Il y a 16 ans, le remarquable 9/11 (en Français : New York : 11 Septembre), m’avait laissé KO. On se souvient que les deux frères étaient en reportage avec les pompiers de New York au moment où les avions détournés par les terroristes s’étaient encastrés dans les tours du World Trade Center. Seuls cameramans à l’intérieur des Tours, ils en avaient rapporté un extraordinaire document brut.

 

Fluctuat Nec Mergitur était donc attendu. Et l’attente a été récompensée, si l’on peut dire en évoquant une telle tragédie. En alternant images d’archives et témoignages d’une quarantaine de victimes et d’otages du Stade de France, des Terrasses et du Bataclan, de pompiers, médecins et policiers d’intervention et de quelque hauts responsables (François Hollande, Bernard Cazeneuve, Anne Hidalgo), Jules et Gédéon Baudet retracent en trois heures (découpées en trois épisodes) les interminables minutes de cette soirée.

 

On vit littéralement les choses comme les ont vécus ceux qui nous parlent, ou, plus exactement, on s’approche de leur vérité au plus près possible car trop de choses, bien entendu, quelques soient les mots choisis sont du domaine du « non-transmissible ». Pas de voyeurisme, pas de sensationnalisme, rien d’indécent, au contraire. Des mots, des larmes retenues, des voix qui se crispent ou se transforment en murmure pour dire la sidération, la peur qui se transforme en panique, la solidarité, le courage mais aussi la douleur de l’absence de celui, de celle qui ne s’en est pas sorti(e).

 

On passe, en un instant, d'une émotion à la limite du supportable au rire. Oui, au rire, celui, un peu nerveux sans doute, qui peut soulager la tension quand elle est trop forte : ah, cette ancienne otage souriante et qui semble indestructible qui trouve entre la tragédie et elle la distance qui lui convient en racontant comment, au milieu du massacre, elle « s’accrochait, comme une bobonne » à ses sacs ! Et la vérité aussi : Christophe Molmy, patron de la BRI qui explique sobrement comment, en fin d’intervention, découvrant le corps d’un ami proche décédé dans la « fosse » du Bataclan, il passe en quelque secondes du statut d’intervenant à celui de proche d’une victime et doit être pris en charge par la cellule psychologique.

 

J’ai lu, ici et là, bien entendu, des critiques. Certains prétendent par exemple que, pas une fois, on ne parle de « terrorisme islamiste » ou de djihad durant ces trois heures et s’offusquent de cette « volonté » de ne pas nommer l’ennemi. Outre le fait que je ne suis pas du tout certain que ce soit vrai, je plains un peu ceux qui, regardant ce document exceptionnel, ont le cœur assez sec pour le disséquer et en analyser ainsi chaque minute à la recherche de la faute...

 

Car ce n’est pas de cela qu’il s’agit : Fluctuat nec Mergitur n’est pas le énième documentaire sur le terrorisme.

 

Jules et Gédéon Naudet ont voulu nous faire voir le 13 Novembre par les yeux de ceux qui l’ont vécu qui l’ont subi dans leur âme et dans leur chair, qui ont été blessés, qui ont vu leurs proches partir, qui sont intervenus, qui ont porté secours. Ceux dont la vie, à tout jamais, en a été bouleversée. C’est tout. Et c’est immense. Et c’est magnifique d’humanité. MERCI !

 

 

Fluctuat nec Mergitur est exclusivement disponible sur Netflix.

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