"Carnets de Campagne" 1 : En Belgique, grâce à l’incroyable cynisme du MR, la négation du génocide arménien ne sera pas condamnable !

26/04/2019

 

Cette campagne électorale étant la première que je mène en tant que candidat (Tête de liste des « Listes Destexhe » à la Région de Bruxelles), je publierai régulièrement, sous l’appellation « Carnets de Campagne » des impressions, réflexions et propositions inspirées par cette nouvelle aventure…

 

Alertés par des amis arméniens, nous étions les premiers dans le spectre politique, Alain (Destexhe) et moi, le 15 avril, à dénoncer le mauvais coup que la Belgique s’apprêtait à jouer à la mémoire des génocides. Au détour d’une loi fourre-tout d’une centaine de pages (que fort peu de députés, certainement, ont lu dans le détail…) une modification de l’article 20 de la loi contre le racisme et la xénophobie se proposait de punir « des faits correspondant à un crime de génocide, à un crime contre l’humanité ou à un crime de guerre tel que visé à l’article 136 quater du Code pénal, établis comme tels par une décision définitive rendue par une juridiction internationale ».

 

Aucune mention n’était faite des Tutsis (ni même des Bosniaques de Srebrenica, qui pourraient également être concernés), quant aux Arméniens, ils étaient purement et simplement évacués du propos puisqu’aucune « juridiction internationale » n’a jamais rendu la moindre « décision définitive » sur la question, pour cause d’obstruction turque et de lâcheté occidentale.

 

Pendant une longue semaine, le MR, principal artisan de cette loi, restait muet.

 

Ce mercredi 24 avril, lors de la cérémonie de commémoration du génocide arménien, à laquelle nous assistions, les représentants de plusieurs partis francophones d’opposition (ECOLO, CDH, Défi…) se succédaient à la tribune pour dénoncer cette loi indigne qui devait être discutée une dernière fois en commission de la justice dans l’après-midi avant d’être votée en séance plénière ce jeudi. Tous annonçaient des amendements au texte litigieux. Chez les mandataires MR présents, très visiblement, le malaise grandissait.

 

On vit ainsi Michel de Maegd, candidat à la Chambre se lever et donner un rapide coup de téléphone puis demander à prendre la parole. Visiblement ému, il annonçait qu’il venait de s’entretenir avec Charles Michel et que le MR déposerait immédiatement une proposition législative (d’ailleurs assez floue) sur la question.

 

On pouvait évidemment s’étonner de voir le Premier ministre, après 8 jours de silence, se rendre compte, lors d’un coup de téléphone de 50 secondes, qu’il faisait fausse route et décider de balayer un projet de loi proposé par ses propres parlementaires. Mais bon, mieux vaut tard que jamais…

 

Donc, nous avons attendus.

 

Et puis, dans l’après-midi, lors de la réunion de commission Justice, tous les amendements de l’opposition étaient rejetés, y compris par le MR. Et, jeudi, la majorité, sans surprise votait, comme un seul homme, la loi non modifiée.

 

Certes, le 24 avril, à 20 :21, le MR diffusait sur sa page Facebook, un communiqué de quelques lignes : « Nous commémorons le 24 avril le génocide arménien commis par les Jeunes Turcs (empire ottoman) entre 1915 et 1917. Deux tiers des Arméniens, soit 1.500.000 personnes furent exterminées. Le devoir de mémoire tout comme la lutte contre le négationnisme sont essentiels. Raison pour laquelle, le MR a déposé une proposition de loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien. »

 

Simple « détail » procédural : un projet de loi déposé le dernier jour d’une législature est nul et non avenu : non discuté, non voté, il disparaît avec la fin de la législature en cours. Il s'agissait donc d'un simple effet d'annonce, une manipulation. Nous verrons si, dans les prochains mois, il sera à nouveau présenté.  

 

Ajoutons, pour faire bonne mesure, que, au moment même ou les Arméniens et leurs amis défilaient dans les rues de Bruxelles pour commémorer le génocide, le ministre des Affaires étrangères, à l’issue d’une conférence devant la Turkish Business Association de Bruxelles, trinquait avec l’ambassadeur turc.

 

Indifférence, insensibilité, cynisme, mensonge et manipulation. En votant le texte en l'état, le parlement belge s'est déshonoré, et le MR n'y est pas pour rien. Mais que valent quelques milliers de voix arméniennes face à cent mille (ou plus) voix de la communauté turque? 

 

Pour simple rappel, la position des Listes Destexhe, telle que nous l’avons élaborée Alain Destexhe et moi, avec le soutien de tous nos colistiers, est claire : Nous estimons qu’un débat parlementaire était nécessaire et que ce débat aurait dû déboucher soit sur le vote d’une loi spécifique portant sur les génocides des Arméniens et des Tutsis soit sur modification de la loi de 1995 pour y inclure ces deux génocides, comme le souhaitent de nombreux responsables des deux communautés concernées.

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