« Carnets de Campagne » 2 : Un « camp de réfugiés » sinistre, en plein cœur de Bruxelles

06/05/2019

 

Dimanche, nous avons appris que les chauffeurs de « De Lijn » refuseraient désormais de s’arrêter à la Gare du Nord en raison du risque de sécurité et des risques sanitaires représentés par un camp de fortune de « migrants » qui s’y étaient installés. Quelques heures plus tard, une équipe de RTL TVI était agressée au même endroit (heureusement sans conséquence) par un individu qui refusait d’être filmé en criant « we are not animals ».

 

Avec Alain Destexhe, nous étions en train de terminer un « tractage » au marché de Watermael-Boitsfort et nous avons décidé d’aller nous rendre compte par nous-même de la situation. Alain a déjà publié hier ses impressions, que l’on trouvera sur sa page Facebook. Je me contenterai donc de quelques mots et de quelques images.

 

Je n’aime pas les superlatifs ni l’étalage des sentiments mais, parfois, les mots manquent. Dans ma vie professionnelle, j’ai visité bien des camps de réfugiés. De toute taille et dans des pays très différents, en Afrique subsaharienne ou en Afrique du Nord, au Moyen Orient, ou dans les Balkans. Mais ce que nous avons vu ce dimanche après-midi n’a rien à voir avec un camp de réfugiés. Un camp, ce n’est pas drôle, mais c’est, malgré tout, un endroit ou des ONG tentent d’organiser la vie. Les gens y croupissent des mois, parfois des années entières mais il y existe une régulation et quelques activités comme, par exemple, des écoles pour les enfants. Un semblant de vie sociale peut s’y créer.

 

Rien de tel à la Gare du Nord. Des centaines de migrants, majoritairement africains (ceux que nous avons vu, du moins), y croupissent dans des conditions immondes : m Matelas de fortune, quelques couvertures, et partout, la crasse et une odeur insupportable. Et le froid. Et l’humidité

 

 

J’ignore si la crainte de contagion (on parle de tuberculose, de malaria ou de gale) affichée par les chauffeurs de De Lijn repose sur une quelconque réalité mais il est clair que, à minima, cet endroit est totalement insalubre et qu’il est honteux d’y faire vivre des êtres humains. Quand j’ai entendu qu’un responsable de Médecins du Monde évoquait, parlant de la Gare du Nord, un « Hub humanitaire, j’en ai eu la nausée. Et ceci se passe à Schaerbeek, la commune où j’habite à disons, quoi, trois kilomètres à vol d’oiseau de chez moi. Et ça me rend malade.

 

Ces hommes (majoritairement) sont bien entendu en situation illégale puisqu’ils refusent de s’enregistrer comme réfugiés en Belgique et souhaitent uniquement gagner la Grande-Bretagne. Il est évident à mes yeux que, si j’étais à leur place, je ferais sans doute n’importe quoi pour échapper à la misère de mon pays d’origine et gagner un pays d’Europe occidentale pour tenter d’y mener une vie décente.

 

Mais ce désir d’une autre vie les a fait tomber dans les griffes des filières de traite des êtres humains. Car ces gens ne sont pas arrivés seuls à la Gare du Nord. Ils se sont lourdement endettés auprès de mafias locales et internationales, ils ont emprunté des trajets connus allant de leurs pays aux rives de la Libye, puis, de là, ils ont risqué leur vie en traversant de nuit la méditerranée sur des rafiots de fortune.

 

Ils ont profité de la porosité des frontières extérieures de l’Union européenne et d’un manque évident de coopération entre pays membres pour se glisser entre les mailles du filet. Le fait qu’ils soient des victimes - victimes des mafias, victimes de ceux qui les exploitent à des fins politiques, victimes d'un gouvernement qui ne prend pas ses responsabilités les plus évidentes - ne change rien à cette autre réalité : ce sont des illégaux et ils n’ont pas vocation à décider s’ils resteront ou pas en Belgique.

 

 

Je ne vois qu’une seule solution : les regrouper dans des centres fermés où ils seront soignés, nourris, et logés et examiner le cas de ceux qui, éventuellement, pourraient rentrer dans le cadre d’un véritable statut de réfugié politique puis expulser les autres (sans doute la majorité) vers leurs pays d’origine.

 

Mais ces mesures ne suffiront évidemment pas! Il faudra également lutter sans merci contre les gangs de trafiquants d'êtres humains, renforcer les frontières extérieures de l'U.E. et mener dans les pays d'origine une politique volontariste et généreuse (et contrôlée!) pour y améliorer les conditions et le niveau de vie et, ainsi, fixer des populations qui ne seront plus tentées par cette tragique odyssée.

 

Tout autre solution ne ferait qu’encourager ceux qui, là-bas sont prêts à tenter une aventure qui se termine non pas dans l’Eldorado tant espéré mais dans le sous-sol crasseux d’une gare sinistre.

 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload