Coronavirus : Un revenu de remplacement et des mesures fortes pour les TPE/PME et les indépendants,


C'est à la fois en tant que président des "Libéraux Démocrates" (LiDem), que chef d'entreprise(s) et que citoyen que je m'exprime ici.

En Belgique, après plusieurs semaines de cacophonie, de communication inaudible, de demi-mesures et de déchirements entre le nord et le sud du pays, les décisions sont donc tombées. Elles sont d’autant plus dures qu’elles sont tardives (mais soyons honnêtes, ce retard à l’allumage a été constaté dans toute l’Europe, sans même parler des Etats-Unis).

Reste qu’elles sont nécessaires. Le choix est simple, soit, comme le Royaume-Uni (qui a déjà, cela étant dit, commencé à changer de position) et les Pays-Bas, totalement irresponsables en l’occurrence, laisser progresser l’épidémie pour créer une « immunisation de masse », soit prendre des mesures de confinement pour freiner sa progression. La première attitude implique qu’un nombre important de personnes (on parle ici de 50 à 70% de la population) pourrait être infecter, soit, en Belgique, plus de 6 millions de personnes.

D’un point de vue purement statistique et mécanique, cela signifie qu’un certain pourcentage de ces six millions (sans doute dans les 3%, si l’on réfère aux autres pays) pourraient développer une forme grave du coronavirus, soit environ 200 000 personnes. Entre 0,5 % et 3% de ces personnes pourraient décéder, soit de 1 500 à 3 000 morts. Ou peut-être plus, car le vrai risque sanitaire, c’est que le système des urgences et les services de réanimation soient débordés et en viennent à devoir faire des choix « de guerre » tels qu’ils sont décrits en Italie : décider qui soigner ou pas, décider qui vivra et qui mourra.

Dans une société moderne, démocratique et industrielle, c’est évidemment inacceptable. Donc, le choix belge, français ou encore italien est le bon : freiner la contagion par le confinement pour « lisser les courbes » et éviter que des milliers de cas graves arrivent en même temps aux urgences et ne débordent les capacités du système.

Reste que, si l’on s’attendait, malgré la difficulté à la mettre en place, à la fermeture des écoles, celle des bars, restaurants et discothèques et commerces « non-essentiels » et la limitation progressive (et parfois totale dans certains secteurs comme le bâtiment, le tourisme, l’événementiel, la culture, etc…) est un défi majeur.

Ce sont des dizaines de milliers d’établissements qui sont ou seront concernés, donc, à très court terme des centaines de milliers d’emplois. Dont beaucoup sous statut d’indépendants. Et ceci n’est que la partie la plus visible de l’Iceberg : derrière les secteurs directement impactés, existe toute une chaine de, sous-traitance, de support, de production et de logistique complexe qui, du jour au lendemain, va se retrouver privée du tout ou partie de ses revenus. Et ce au moins pour trois semaines.

Mais il y a peut-être pire : les mesures déjà prises ou les premiers effets de la crise sur l’économie (dans le secteur du tourisme, par exemple) vont obligatoirement entraîner un ralentissement de l’économie. Et, si, demain, des mesures limitatives supplémentaires doivent être prises, c’est l’ensemble de l’activité économique qui réduira encore la voilure.

A nouveau, des milliers de sous-traitants seront donc menacés et, à nouveau des dizaines ou des centaines de milliers d’indépendants se retrouveront en situation plus que précaire.

Les factures, elles, vont continuer à tomber, qu’il s’agisse des « lois sociales », des loyers, des leasings, du remboursement des emprunts ou de tout autre obligation ou engagement.

Or, si des mesures sont prises pour les fonctionnaires et les salariés, on peine encore à discerner une réponse claire et surtout suffisante aux problèmes énormes auxquels les indépendants devront faire face dans les jours, les semaines et peut-être les mois à venir, des problèmes qui viendront s’ajouter à ceux dont nous avons déjà l’habitude (je dis « nous », car je suis indépendant et chef d’entreprises, comme la plupart de mes amis et des membres du LiDem).

Il importe d’apporter une réponse immédiate, forte et durable à ce problème, une réponse qui soit à la hauteur du séisme. Décider d’une « indemnité » de 800 ou 1 500 Euros n’est pas suffisant.

Les pistes envisageables ne manquent pas et les mesures devront, certainement, être cumulées pour produire les effets désirés.

En premier lieu, bien entendu, il faut envisager une suspension des payements des cotisations sociales et des impôts, sans frais supplémentaires.

Mais en parallèle, ce qu’il faut, c’est un revenu de remplacement, proportionnel à la perte subie. Et il le faut maintenant, dès la fin du mois de mars, pas dans un mois, pas dans trois mois.

D’autres mesures devraient également être mises sur la table, comme en France : suspension des factures d’eau et d’électricité, baisse des taxes sur les carburants, garantie massive par l’Etat de prêts largement accordés aux TPE, PME et indépendants, etc.

Pour efficaces, enfin, ces mesures devront être durables, et accompagner les indépendants, les TPE et les PME dans les mois qui suivront la sortie de crise, quand ils travailleront à redresser la barque et à faire redémarrer l'économie. Elles doivent donc, au minimum, couvrir toute l'année 2020.

Evidemment, cela coûtera cher, très cher. Mais quand on voit les efforts consentis par certains pays (la France, l’Italie ou l’Allemagne) qui disent être prêts à tout (même à s’affranchir des contraintes budgétaires) pour soutenir l’activité économique et assurer la solidarité nationale, on se dit que la Belgique si elle veut, pour une fois, mettre son discours officiel sur l’importance des TPE, des PME, du commerce et de l’artisanat en pratique autrement que par des mesures cosmétiques pourrait, pour une fois, montrer l’exemple. D’autant qu’elle devrait pouvoir compter sur l’Union européenne.

On ne peut répéter à tout bout de champ que les TPE et les PME sont le moteur de l’activité économique et, face à un cataclysme tel que celui que nous allons vivre, laisser tomber les indépendants qui les ont créés, qui les gèrent ou qui les font vivre et qui créent des centaines de milliers d’emploi et une grande partie de la richesse qui fait fonctionner notre pays.

Donc, Union nationale et soutien au gouvernement, oui, mais "Union nationale" veut bien dire ce que cela veut dire : personne et aucune entreprise, si petite soit-elle, ne doit être abandonné au risque de faillite.