Vladimir Poutine : Délires, Mensonges et Provocations


Aucune surprise n’était attendue de la prise de parole de Vladimir Poutine. Et à juste raison car de surprise il n’y eut point. Sauf pour ceux qui continuent à s’étonner des mensonges et imprécations du dirigeant russe.


En écoutant le nouveau Tzar, quelle aurait été l’impression d’un téléspectateur ayant vécu les sept derniers mois au fond d’une grotte dans des montagnes désertiques, coupé de toute communication avec le monde et de toute information ?


Premièrement, que la Russie n’est pas l’agresseur mais l’agressé : « L’objectif de cet Occident est de détruire notre pays. Ils disent ouvertement qu’en 1991, ils ont réussi à briser l’URSS et la Russie. Maintenant il y a des hostilités qui nous opposent. ils ont financé les terroristes dans le Caucase, ils ont créé la russophobie. Cela concerne aussi l’Ukraine, sur le territoire duquel il y a eu des intentions anti-Russes. La guerre qui a commencé en 2014 a été lancée par l’Occident ».


C’est faux. Bien entendu nous n’avons pas armé le terrorisme au Caucase, qui n’a été que le produit de la montée de l’intégrisme islamiste et du rejet de la domination slave par des peuples méprisés depuis trop longtemps. Et nous n’avons lancé aucune guerre contre la Russie en 2014.

Deuxièmement que, dans les opérations militaires en Ukraine, Moscou fait preuve de retenue : « Nous avons opté pour des attaques ciblées afin d’apporter de l’aide aux citoyens ».


C’est faux. « Attaques ciblées », le siège de Kiev en février, les frappes de missiles sur des cibles civiles et dénuées de toute valeur militaire dans le centre de l’Ukraine, à des centaines de kilomètres de la ligne de front, les massacres de civils ?


Enfin, que la malheureuse Russie, à son corps défendant, sera bien obligée d’utiliser « tous les moyens » pour se défendre : « Il est important de déployer des capacités militaires supérieures. L’Occident, dans sa politique agressive, a dépassé toutes les limites. Ils sont capables de frapper la Crimée et d’autres territoires russes. Il y a des bâtiments, des avions de l’OTAN qui sont mobilisés. Les Occidentaux poussent l’Ukraine à se montrer encore plus agressive à l’égard de la Russie. Ils sont là pour écraser notre pays. Et même un chantage nucléaire est en marche, nous voyons très bien cela. La Russie est également dotée d’un certain nombre d’armes suffisamment lourdes. Si jamais les intérêts de la Russie sont menacés, nous allons utiliser toutes les armes à notre disposition».


Cette provocation est assortie de mensonges. Quand l’OTAN ou des puissances occidentales dotées de l’arme nucléaire (Etats-Unis, Royaume-Uni, France) ont-elles menacé Moscou d’une frappe nucléaire ? Qui a proféré ces menaces ? Elles n’existent pas et n’ont jamais existé. Quand l’Otan a-t-elle agressé la Russie ou l’a-t-elle menacé d’une agression ?

En revanche, chacun sait que la Russie, le 24 février, a agressé l’Ukraine, sans raison ni justification. Chacun a vu, dès le 27 février Vladimir Poutine annoncer la mise en alerte de ses forces nucléaires, menace à peine voilée et répétée de multiples fois depuis, que ce soit par les mots ou par les symboles (comme l’exhibition de nouveaux missiles hypersoniques « capables d’atteindre n’importe quelle cible en Europe en moins de deux minutes ».

Et pas plus tard que mercredi soir, sur Rossia 1 télévision d’Etat russe – qui jouit d’autant d’indépendance par rapport au Kremlin que la main par rapport au cerveau – la présentatrice vedette Olga Skabeïeva regrettait que son pays n’ait pas procédé à une frappe atomique sur… Londres : « Nous aurions dû le faire ce lundi lors des funérailles de la reine Elizabeth II. Toutes les personnes importantes s'y trouvaient… » Certes, on dira qu’il ne s’agit que d’une journaliste et que sa parole n’engage par l’Etat. Mais ce serait oublier que, soir après soir, sur cette chaine qui, répétons-le ne jouit d’aucune marge de manœuvre et n’est rien d’autre qu’un vulgaire porte-voix du Kremlin, on peut voir des « experts » exaltés multiplier les menaces d’attaques nucléaires ou classiques contre les Etats Unis, Londres ou Paris. Paris où, disait il y a quelques mois l’un des ces propagandistes, « nos garçons descendront bientôt de leur chars pour prendre un café sur les champs Elysées ».


Enfin, Vladimir Poutine a annoncé la mobilisation partielle de 300 000 hommes, tous réservistes, sur « un potentiel de mobilisation de quelque 25 millions de personnes ».


La question qui se pose, bien entendu, est de savoir s’il faut prendre les menaces atomiques de Moscou au sérieux.


Sans doute pas. On a du mal à penser qu’un affrontement entre la Russie et l’Otan soit possible parce que un jour ou l’autre, cette guerre risquerait de dégénérer en conflit nucléaire. Or, dans une guerre nucléaire, il n’y aura aucun gagnant mais seulement une « destruction mutuelle assurée » (l’essence même de la dissuasion seule justification de l’existence d’armes atomiques dites de « non emploi). Certes, s’il déclenchait le feu nucléaire, Poutine détruirait l’occident, sinon le monde. Et peut-être même en « deux minutes », comme le prétend sa propagande (quoique, à voir les résultats peu convaincants de l’armée russe en Ukraine, on puisse en douter). Mais ce serait pour que son propre pays soit rasé par le même feux quelques minutes plus tard. A quoi sert de détruire le monde si c’est pour finir son règne au fond d’un bunker dont on ne pourra jamais sortir ?


Deuxièmement, on peut penser qu’il ne serait pas suivi. Certes, nous ne sommes plus au temps de la crise de Cuba au cours de laquelle il existait en URSS un pouvoir collectif exprimé à travers le Politburo. Ce sont les membres de ce Politburo qui se sont opposés à Nikita Khrouchtchev et l’ont empêché d’aller trop loin avant de le faire reculer puis, quelques mois plus tard de le démettre : il avait joué avec l’impensable (la menace atomique, déjà) et ses camarades ne l’avaient pas accepté. Rien de tel aujourd’hui, Poutine règne seul, entouré de serviles courtisans. N’empêche, il ne peut, seul, déclencher la guerre nucléaire. Il a besoin de l’armée et on peut douter que celle-ci le suive dans une voie sans issue.


Bien entendu, reste le risque de l’utilisation d’une arme nucléaire tactique en Ukraine (ou d’une autre arme de destruction massive), mais là aussi, serait-il suivi ? Une telle option changerait la nature de la guerre et mettrait définitivement la Russie au ban des nations. Les chefs de son armée ne peuvent l’ignorer.


Alors que nous dit la déclaration de Poutine ?


Elle traduit d’abord un profond désarroi : Vladimir Poutine pensait régler la « question ukrainienne » en quelque jours. Sept mois plus tard, il est embourbé dans un conflit appelé à durer et connait de lourdes défaites sur le terrain. La mobilisation partielle est une tentative de sortir de l’impasse mais on verra quels en seront les résultats. Jusqu’à ce jour, les troupes russes ont été essentiellement, formées de soldats venus des confins misérables de l’empire (entre autres de Sibérie) auxquels on a promis de l’argent en compensation du sacrifice. Ces soldats se battent mal, quand ils se battent, et les informations abondent sur les désertions, les mutineries et même les assassinats d’officiers par leurs soldats.


Y-a-t-il eu, jusqu’à présent, des « volontaires » pour se joindre en masse à la guerre? Non, et le groupe Wagner, bras armé mercenaire du Kremlin en est réduit à aller recruter des combattants au fond des prisons quand ce n’est pas dans les hôpitaux psychiatriques. Pire : dans les heures qui ont précédé le discours (annoncé) de Poutine et dans celles qui l’ont suivi, les pics de recherche sur internet, en Russie concernaient les moyens « de quitter les pays » ou les méthodes « pours se casser le bras » (et éviter ainsi le rappel sous les drapeaux ). Et les queunes de véhicules se formaient aux frontières, tandis que le prix des billets d’avions pour l’étranger était multiplié par dix, ce qui traduit une énorme demande et, donc, le peu d’enthousiasme des Russes à l’idée d’aller mourir en Ukraine.


Ensuite, la Russie est aujourd’hui de plus en plus isolée.


On a beaucoup glosé sur le soutien que Pékin apporterait à Moscou. C’est un mythe, non seulement la Chine n’a jamais soutenu cette guerre (elle se contente de profiter de l’occasion pour acheter du gaz russe au tiers du prix payé par les Européens…), mais elle vient d’appeler à un arrêt des combats et à l’ouverture de négociations. A Samarcande, Vladimir Poutine espérait recevoir de Xi Jinping un soutien politique, mais également la promesse de fournir les composants électroniques nécessaires à la reconstitution des stocks de missiles, largement entamés par la guerre. Il n’a rien reçu. Idem pour l’Inde qui prend ses distances. La Turquie, elle, qui, en mars dernier, s’était fortement impliquée dans la recherche d’une solution négociée, vient de condamner le référendum prévu dans les territoires occupés par les forces russes pour entériner leur rattachement à la mère Russie.


Poutine est seul, entourés de quelques courtisans, face à des Ukrainiens qui se battent bien et à un front uni des pays occidentaux qui arment et conseillent Kiev. A l’extérieur, ses « amis » ne se comptent plus que sur les doigts d’une main (mais que vaut le « soutien » de la Biélorussie, de la Corée du Nord ou de l’Iran ?). A l’intérieur il est confronté à une population qui refuse de se battre et à une opposition plus extrémiste que lui qui le presse de frapper plus fort. Et pendant ce temps, ce qui reste de l’influence russe sur l’ancienne URSS s’évanouit dans les fureurs de la guerre. Alors que Moscou est entièrement concentré sur l’Ukraine, l’Azerbaïdjan et l’Arménie d’affrontent, le Kirghizistan et le Tadjikistan se bombardent. Le Kazakhstan, lui, prend, chaque jour, un peu plus d’indépendance et se tourne vers l’Europe en tentant de construire une démocratie.


Dans l’esprit du dictateur, la guerre en Ukraine devait être le premier pas de la reconstruction de l’Empire. Mais il est en train de détruire son pays. Certes, la guerre sera encore longue, mais, comme je le dis depuis le premier jour, la Russie la perdra: politiquement, c'est déjà fait, militairement,; ce n'est qu'une question de temps. Et cette défaite signera la fin du maître du Kremlin.


Ce que nous dit le discours de Vladimir Poutine, en fait, c’est donc que ses jours sont comptés.

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