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Orlando : la stratégie gagnante du do-it yourself du terrorisme appliquée par l'Etat islamique

Dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 juin, au moins 50 personnes ont été tuées et 53 trois autres blessées lorsqu’un homme a ouvert le feu dans une boite de nuit de la communauté LGBT de Orlando, en Floride. L’homme, qui s’est revendiqué de l’Etat Islamique, a finalement été abattu par la police.

Les premiers éléments disponibles permettent de dresser un profil provisoire de l’homme responsable de la pire tuerie de masse de toute l’histoire américaine et du plus grave attentat commis sur le sol américain depuis le 11 septembre 2001, et de souligner la responsabilité de l’E.I. dans une action qui aura, n’en doutons pas, des conséquences sur le « positionnement » des Etats-Unis dans la crise syrienne

  • Né à New York en 1986, Omar Mir Seddique Mateen vivait à Port Saint Lucie, une petite localité de Floride qui a connu un rapide développement depuis les années soixante et compte aujourd’hui un peu plus de 170 000 âmes, à quelques 200 kilomètres d’Orlando.

  • Citoyen américain, il est issu d’une famille afghane. Son père, Seddique Mateen affiche son soutien aux Talibans et s’illustre par une opposition déterminée aux gouvernements pakistanais et afghan[1]. Il n’existe, toutefois, aucune raison de penser qu’il y a un lien entre l’Afghanistan et des groupes s’y trouvant et l’attaque d’Orlando.

  • Après une jeunesse sans histoire et une scolarité assez banale (il est décrit par l’Orlando Sentinel, citant certains anciens condisciples, comme un élève « stupide »), il semble qu’il ait souhaité devenir policier avant d’être engagé comme garde de sécurité, d’abord dans un centre de détention de délinquants juvéniles et, ensuite, dans une grande société de gardiennage.

  • Si certains évoquent un homme « calme », d’autres se souviennent d’un individu irritable, se mettant facilement en colère et tenant des propos racistes et homophobes. Il semble, de plus, avoir été sujet à des troubles émotionnels et à des accès de violence. En tout état de cause, sa première épouse, Sitpora Yusiufiy, qui le décrit comme « instable », « perturbé psychologiquement » et « bipolaire non diagnostiqué », l’a quitté quatre mois à peine après leur mariage (le divorce n’a, toutefois, été prononcé qu’en 2011), se plaignant d’être abusée et régulièrement battue sous n’importe quel prétexte.

  • Su Mme Yusiufiy se rappelle d’un mari « peu religieux », certaines de ses relations soulignent qu’il était devenu très pratiquant après son divorce et avait effectué le Haj (pèlerinage à La Mecque, l’une des cinq obligations d’un bon musulman). Il est acquis qu’il fréquentait régulièrement le centre islamique de Fort Pierce, une petite mosquée de 150 fidèles, mais n’y avait jamais été remarqué pour être « radical ». Il fréquentait la mosquée en famille, avec son père et son fils de trois ans qui jouait pendant qu’il priait, et ses sœurs y travaillaient comme bénévoles.

  • Assez isolé, Mateen ne fréquentait guère les autres fidèles et semble avoir eu peu d’amis. On remarquera que la plupart des photos qu’il a postées sur les médias sociaux sont des selfies sur lesquels il est seul à figurer.

  • Son père souligne que le jeune homme avait été choqué et en colère après avoir vu deux hommes s’embrasser et flirter « devant son fils » quelques mois avant la tuerie, lors d’une sortie en famille à Miami.

  • A deux reprises, il avait fait l’objet d’une enquête du FBI :

  • En 2013, des déclarations publiques et des « posts » sur des médias sociaux avaient laissé entrevoir qu’il pouvait entretenir des relations avec la mouvance terroriste ;

  • En 2014, une nouvelle enquête avait été ouverte par le Bureau quant à ses liens éventuels avec le kamikaze Moner Mohammad Abusalha[2], qu’il avait brièvement fréquenté.

Ces deux épisodes avaient entraîné plusieurs interrogatoires et même, semble-t-il, une surveillance physique de courte durée mais aucun lien concret avec le terrorisme n’avait été décelé et son dossier n’avait pas été considéré comme une priorité, avant d’être classé.

Reste évidemment « la » question : l’attaque du club d’Orlando est-elle un crime de haine ou un crime inspiré par l’E.I.?

Les éléments dont nous disposons n’indiquent pas de lien structurel avec l’Etat islamique et il semble acquis que Mateen ne s’est pas rendu en Syrie ou en Irak. Les ordinateurs, les téléphones et la documentation saisis à son domicile permettront rapidement de préciser si l’attaque de dimanche matin a été précédée de contacts particuliers et révélateurs, mais à l’heure où nous clôturons ce briefing, il est acquis que :

  • Omar Mateen a lui-même interrompu la tuerie un peu après 02:00 du matin pour appeler le 911, il a donné et épelé son nom et affirmé agir pour le compte de l’Etat islamique. Sa volonté, clairement exprimée, était donc de rattacher son acte à l’E.I.

  • Quelques heures plus tard, une agence de presse proche de l’E.I. et habituellement utilisée pour revendiquer les attentats commis par le groupe publiait un court communiqué affirmant que « l’attaque armée qui a visé un club pour homosexuels dans la ville d’Orlando […] a été perpétrée par un combattant de l’Etat islamique ».

  • Cette revendication a été répétée, lundi matin, sur une radio contrôlée par l’E.I.

Sous réserve de ce que révélera l’enquête, on peut penser que l’attentat n’a pas été organisé ni dirigé ou même « incité » par l’E.I. mais que l’idéologie de cette organisation et sa haine connue des homosexuels (horriblement persécutés dans les zones sous son contrôle) ont offert à Omar Mateen la « justification morale et politique » de ses actes, probablement motivés par l’homophobie.

Il n’en reste pas moins que la « revendication croisée » (par l’auteur du massacre d’une part et par l’E.I. d’autre part) permet de rattacher cet attentat à l’Etat Islamique et est en adéquation complète à la fois avec la consigne générale donnée aux sympathisants américains et britanniques de ne pas tenter de gagner le Moyen Orient mais de commettre des attentats dans leur pays et avec l’appel particulier lancé avant le Ramadan à commettre le plus d’attentats possibles durant ce mois.

En définitive, donc, dans sa propagande, l’Etat Islamique pourra prétendre être « à l’origine » de l’attentat le plus meurtrier commis sur le sol américain depuis le 11 septembre. Mais il administre aussi une nouvelle preuve de la dangerosité de sa stratégie opportuniste visant à offrir, aux extrémistes et déséquilibrés, que ce soit par l’incitation ou par la récupération a posteriori, une « idéologie fourre-tout » qui a fait de l’E.I. un véritable « do-it-yourself » de la terreur.

[1] Le père de Mateen accuse Kaboul et Islamabad d’avoir trahi la communauté pashtoune en ne remettant pas en cause la « Ligne Durand » (tracée en 1893, la « ligne Durand » délimitait les zones gouvernées par la Grande-Bretagne et celles jouissant d’une certaine indépendance ; la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan suit cette délimitation et sépare les Pashtounes des deux Etats). S’étant récemment présenté, sur une chaîne de télévision par Internet (Payam-e-Afghan), comme le président légitime de l’Afghanistan, il poste régulièrement des messages et vidéos qui intriguent par leur incohérence. Son soutien aux Talibans semble toutefois motivé davantage par son adhésion au nationalisme pashtoun que par une vision radicale.

[2] Américain d’origine palestinienne Abusalha est le premier Américain à s’être fait exploser dans un attentat suicide en Syrie, pour le compte du Front al-Nusra.

Publié sur www.esisc.org

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