Une chronique des temps de Covid


Elle est venue doucement, lentement, insidieusement ;


Nous ne l’attendions pas, mais elle est venue.


Nous étions forts, invincibles, immortels, éternels et on nous promettait de « vivre jusque 120 ans !

Mais elle est arrivée, silencieusement, sans se faire remarquer.


Nous étions enfoncés dans notre confort et pétris de nos certitudes,

Et la mort pour nous, était surtout celle des autres, de ceux qui n’ont pas de chance :

Comme ces enfants d’Afrique décimés par la faim, avec leurs gros ventres ballonnés, mais dont le spectacle ne nous a jamais empêchés de nous resservir une part de buche, à Noël ;

Comme ces victimes du terrorisme ou de guerres absurdes, dans des pays que, parfois, nous ne savons même pas situer sur une carte ;

Comme ces malades dans des pays où l’hôpital est un luxe dont la majorité ne peut même pas rêver,


Mais un virus est venu nous rappeler que nous n’étions ni invincibles, ni immortels. Ni éternels.


Et ce virus, cette insignifiante petite chose, a osé s’attaquer à nous, les puissants.


Oh bien entendu, il tuait surtout les très âgés et les très malades et l’immense majorité de ceux qui étaient contaminés ne s’en rendaient même pas compte. On les disait d’ailleurs « asymptomatiques »…

Mais de petites voix se sont élevées, qui nous murmurait : « Demain, ce sera peut-être toi… »


Et c’est comme ça, tout simplement, qu’elle s’est introduite dans nos vies.

Par surprise, sans que, d’abord, nous la remarquions.


LA PEUR.


Cette peur hideuse qui annihile l’esprit, qui tue la volonté, qui brise la résistance

Et qui nous transforme en moutons, et qui nous fait tout accepter, même l’inacceptable et même le bâton, car le bâton n’est-il pas une preuve d’amour ? Réflexe d‘enfant battu mais qui aime encore plus celui qui le bat.


Avec la peur, sont venus des mots horribles comme « gestes-barrières » et nos amis sont devenus « une bulle ».


On nous a dit : « n’aime pas cette femme ! En tout cas, ne l’embrasse pas…, ne serre pas tes amis contre ton cœur, méfie-toi d’elle, d’eux, de tous : le virus est partout, il te guette… »


Et avec la peur sont arrivées ses amies, l’envie et la délation.


Ah, la douce joie de décrocher son téléphone et de dénoncer à la police ce voisin du dessus qui a une plus belle voiture et qui ose, l’inconscient, recevoir 10 personnes chez lui quand Papa (pardon, l’Etat) lui a dit « 4 maximum !»


La peur, l’envie, la délation : trois cavaliers de l’apocalypse.


Il manque le quatrième…mais il arrive : ce sera la ruine.


Et je parle ici de la ruine au sens économique du terme.

Car, pour ce qui est de la ruine des âmes et des cœurs,

J’ai bien peur que pour certains elle soit déjà consommée.

Ce ne sont que mots, sans prétention aucune, un texte fourre-tout , hâtivement rédigé et imparfait, qui n’est ni de la poésie, ni tout à fait de la prose, un assemblage hétéroclite qui murissait en moi depuis un moment et s’est concrétisé cette nuit, après l’annonce du couvre-feu en France.


Rien que des mots.


Mais le pouvoir des mots est immense : ils peuvent tuer comme ils peuvent libérer. Ils peuvent achever comme ils peuvent guérir.


Alors, ces mots, cette bouteille à la mer, je les envoie vers ceux (vers celle) que j’aime et qui m’aiment, en tout cas à leur manière. En espérant qu’ils les aideront à dépasser cette peur abjecte qui nous fait sombrer et à se rappeler que nous sommes nés pour être libres.