Pourquoi je quitte le LiDem (et je largue les amarres de la politique)

04/05/2020

 

Il y a un peu plus d’un an, je décidais de m’engager en politique et je rejoignais mon ami Alain Destexhe, comme tête de liste à la Région de Bruxelles. A titre personnel, j’y réalisais un score très honorable pour une première présentation avec un peu plus de 3 500 voix de préférence, soit plus que la grande majorité des parlementaires élus à la Région.  Mais nous n’avions aucun élu. Nulle part. La situation était d’autant plus difficile qu’Alain Destexhe décidait de se retirer au lendemain de ce qu’il faut bien appeller une défaite.

 

Dans les onze mois qui suivirent, d’abord en tant que président « par intérim » et ensuite, depuis octobre que président (largement) élu, je tentais, avec quelques autres, de développer et de faire vivre notre parti avec, toujours, la même ambition : faire exister une droite démocratique, « traditionnelle », indépendante, libérale, et loin des délires de l’extrême droite et des errements du populisme.

 

Aujourd’hui, je renonce et je quitte non seulement la présidence des LiDem, mais également le parti lui-même. Cette décision prend effet immédiatement. Fruit d’une longue réflexion, elle est irrévocable, mais je souhaite, malgré tout l’expliquer.

 

Mes raisons sont de trois ordres, répondant à trois questions : Que voulons-nous ? Quelles sont nos chances ? Quelles sont mes priorités personnelles ?

 

D’abord nos chances : elles ont, toujours, été très minces, et nous l’avons toujours su (même en mai 2019, alors que les circonstances nous étaient plus favorables et que les « planètes étaient alignées », comme disait alors l’un de nos amis).

 

Il y a, probablement, un espace sur la droite du MR, mais pas un boulevard d’autant que ce parti s’est doté, pour président d’un jeune loup qui « en veut » et pourrait casser la baraque. Par ailleurs, le MR est structuré, c’est une machine ancienne et puissante et nous ne sommes pas arrivés à en rallier l’aile droite qui est, très largement, restée dans ses rangs.

 

De plus, le fatras de groupuscules (IC, PNE, d’autres certainement que j’oublie) qui prolifèrent à droite du MR ne sont promis à aucun avenir mais ils prennent de la place et, malheureusement, entretiennent également l’idée que « tout ce qui est à droite du MR est forcément d’extrême droite », ce qui, bien entendu, est faux et nous a nui.

 

Rajoutons à cela les injustices du système politique belge, depuis les lois sur le financement des partis jusqu’aux règles d’accès aux médias : ce système, verrouillé par les partis au pouvoir, qu’ils soient de droite ou de gauche défavorise scandaleusement les formations naissantes. Si la France avait le même système, Emmanuel Macron ne serait jamais devenu président parce qu’il n’aurait eu aucun financement et ne serait jamais passé à la télévision. Ceci mérite peut-être réflexion.

 

Enfin, les tendances lourdes de l’électorat francophone ne nous sont pas favorables : on l’a vu aux dernières élections avec la montée des Ecolos et du PTB et le maintien du PS. Or la crise actuelle va clairement profiter à ceux qui demanderont plus d’écologie, plus de protection sociale, bref : plus de dépenses.

 

Et aujourd'hui, en effet, il me semble évident que la seule manière de sauver l’économie (et cela prendra du temps), c’est une politique « keynésienne » de larges dépenses publiques qui nécessitera de creuser la dette. Admettons que cela n’entre pas dans notre grille de lecture « de droite ». Mais je ne me sens pas de critiquer une politique économique dont je pense qu’elle est la seule à pouvoir nous permettre, à nous les classes moyennes et à nos entreprises, de survivre.

 

Un immense travail, de réflexion sera nécessaire pour faire revivre une droite intelligente dans ce contexte, inattendu il y a encore deux mois, mais devenu inévitable.

 

Deuxièmement, que voulons-nous ? Manifestement, à la direction du LiDem, nous ne voulions pas tous la même chose. Ma volonté, comme celle d’Alain Destexhe, était de construire un parti de droite « traditionnelle » or je vois monter et s’affirmer, depuis des semaines, à l’intérieur du Bureau politique des positions populistes (« les politiques sont trop payés, ils sont corrompus, stupides, paresseux, imprévoyants et nous ferions tellement mieux », etc.). Cette ligne populiste peut, peut-être, permettre de racler quelques voix très à droite, mais elle est creuse et ne correspond à aucune réalité : il y a, partout, même à gauche, des élus respectueux, intelligents et dévoués, que nous soyons d’accord avec eux ou pas. En politique, on attaque des idées et des programmes, pas des hommes ou des femmes. C’est en tout cas ma position.

 

Quant à la question du salaire des politiques, c’est un faux problème : je préfère moins d’élus mais mieux payés (et ne cumulant pas) que des élus sous-payés et donc, c’est humain, plus préoccupés par leurs fins de mois que par le bien commun.

 

J’ai, à plusieurs reprises, attiré l’attention sur le danger qu’il y avait à agiter ce genre d’argument, comme j’ai demandé que l’on n’attaque pas le gouvernement en cette période « d’union nationale ». Je n’ai pas été écouté par certains membres du BP et j’ai été mis en minorité sur certains points. Et cette tendance populiste s’est accentuée. Cela non plus, ce n’est pas ma conception de la politique.

 

Je crains que cette dérive ne mène à l’impasse et/ou à des alliances dont je ne veux pas être.

 

Enfin, quelles sont, aujourd’hui, mes priorités personnelles ? Où puis-je être utile et, j’ose le mot, heureux ?

 

J’ai beaucoup donné au parti depuis plus d’un an, m’investissant à fond dans la rédaction du programme, dans la campagne et dans l’animation des équipes, puis, avec deux ou trois autres, nous avons « nettoyé » le mouvement de ses indésirables et réglé d’innombrables et stupides querelles de personnes et problèmes d’égo. Mais, sans cesse, les mêmes problèmes se représentaient...

 

Le travail que j’effectue depuis plusieurs semaines maintenant, avec mon associée et nos collaborateurs, sur la crise du COVID-19 (rédaction d’un bulletin quotidien, recueil de données statistiques, conseils, etc.) m’a rendu le goût de mon métier et je travaille désormais à la suite avec d’autant plus d’acharnement que, chef d’entreprise, je fais vivre plusieurs personnes qui dépendent entièrement de moi, de mes idées, de mes capacités à les mettre en œuvre et de mon enthousiasme. La crise nous a très durement frappé, mais nous devons survivre et nous développer et cela requiert temps et énergie.

 

Ensuite, je souhaite recommencer à écrire et j’ai un immense champ à explorer dans la fiction, que ce soit en romans, en BD ou en télévision. Ici aussi, il me faudra du temps.

 

Ce sont ces raisons qui font que, aujourd’hui, j’ai décidé de m’éloigner.

 

Je ne regrette rien, j’ai fait de belles rencontres et j’ai appris énormément de choses sur la politique, sur les autres et sur moi-même, mais il est temps pour moi de refermer ce livre et d’en commencer un autre.

 

Ce dont je me suis rendu compte – et je dois remercier, ici, une personne qui a trouvé les mots justes, ces dernières heures, pour définir ce que je ressentais c’est que la politique tue l’éthique, la spontanéité et la sincérité parce qu’elle oblige à se conformer à une idéologie ou à une « ligne de parti » même quand on n’est pas convaincu de sa justesse, qu'elle bride la liberté.

 

Il est temps pour moi de redevenir un homme libre, qui pense par lui-même et pour lui-même et de m’appliquer à moi-même cette formule de Raymond Poincaré (souvent reprise en franc-maçonnerie) que j’adore et qu’il, prononça le 21 novembre 1909 à la cérémonie du 75ème anniversaire de l’ULB: « La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d’être ! »

 

A mes anciens camarades de parti et à tous ceux qui m’ont fait confiance, je souhaite  bonne chance, tant pour leurs projets personnels que collectifs.

 

 

 

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